Jacques Solomiac, le 5 octobre 2010

Infographie : l’image qui informe

Dans la presse française, à la fin des années 70, les informations visuelles publiées dans les journaux étaient des dessins de presse, des illustrations (publicitaires ou artistiques) des séries de dessins réalisés par les "reporters dessinateurs" pour expliquer un évènement. Leur intervention dans la presse d’actualité était nécessaire chaque fois que lela situation n’était pas favorable à la photographie (Affaire de Bruay en Artois). L’illustration dans les journaux passe de sa fonction de distraction à une fonction d’explication. C’est l’information graphique.

L’expression de ce nouveau métier est visible dans toutes les rubriques de la presse quotidienne ou périodique quelle soit généraliste ou spécialisée.

L’infographie c’est :

  • un dessin qui explique un phénomène,
  • des cartes,
  • des graphiques (courbes, histogrammes," camemberts", ...).

Les titres américains Times et USA Today ont été de bons exemples de l’utilisation de l"information graphique pour la presse européenne. C’est, en France, le journal Libération qui a été le premier a reprendre cette manière d’informer avec des illustrations pleine page qui expliquaient un fait d’actualité ou un phénomène scientifique.

Informatique graphique ou l’information par l’image.

Le terme infographie c’est alors approprié au début des années 1980 toutes les façons d’informer avec de l’illustration graphique : dessins, graphiques,... Alors que depuis bien longtemps les graphiques économiques et financiers accompagnaient les commentaires de la bourse et des marchés financiers.

La confusion a été encore plus grande lorsque les dessinateurs de presse ont utilisé les premiers ordinateurs pour produire leur production graphique.

Les américains et les adeptes européens des ordinateurs de la marque Apple défendaient la définition de l’infographie exprimée par "les graphiques réalisés sur ordinateur". Une autre "école", oubliant l’outil de production, prétendait que l’infographie était l’art d’informer à partir des images.

Un art oublié.

La Guerre du Golfe a été à la fois l’heure de gloire de l’infographie et le déclenchement de son déclin. En France les journaux ont tous fait appel en excès à l’infographie pour montrer l’évolution du conflit et expliquer sa génèse. Cette façon d’informer voulait compenser l’embargo que les Etats-unis avaient mis sur l’information de terrain.

A titre d’exemple la première et la plus importante agence d’infographie française, IDE, avait fait en trois mois son chiffre d’affaires annuel pour répondre à la demande de cartes et d’illustrations qui d’écrivaient le conflit.

Sauf que cette débauche d’investissement n’a pas été compensée par les ventes de journaux. Alors les titres ont du réduire leurs coûts. ce sont alors les photos, l’infographie, les budgets des grands reporters qui ont été les plus serrés dès le milieu des années 1990.

Depuis cette époque l’infographie est un peu le parent pauvre des rédactions. Cette attitude est d’autant plus incompréhensible qu’une bonne utilisation de ce vecteur d’information a démontré son éfficacité dans un rapport coût/performance inégalé.

Dans cette perspective d’intégration de l’infographie dans la politique éditoriale des titres il faut que les infographistes soient des journalistes et de très bons graphistes. A vouloir faire l’économie de ce rare double talent c’est se priver d’un formidable moyen d’informer. Jacques Solomiac

© Jacques Solomiac